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Fiche · Nutrition et hydratation

Entraîner son intestin

Nausées, ballonnements, crampes d'estomac, envies pressantes : les troubles digestifs sont très fréquents en course longue, et la plupart des ultra-traileurs en connaissent au moins un. Ce n'est pas une fatalité : ton intestin s'entraîne, comme tes jambes. C'est le « gut training ».

4 minutes de lecture

1. Pourquoi ton ventre souffre en course

Moins de sang pour digérer

Pendant un effort intense, le sang part vers tes muscles et ton intestin en reçoit beaucoup moins. Sa paroi se fragilise, et les symptômes s'installent.

Les secousses de la foulée

À chaque foulée, tes organes sont secoués, des milliers de fois. C'est pourquoi les coureurs souffrent davantage que les cyclistes.

Ce que tu avales

Fibres, graisses, glucides trop concentrés, aliments nouveaux, gel sans eau : tout cela aggrave des troubles déjà présents.

La chaleur, la déshydratation, une intensité élevée et le stress d'avant-course aggravent le tout. Les conséquences vont de la gêne à l'abandon : nausées, crampes, diarrhées, vomissements. La bonne nouvelle : ce que tu avales est le facteur le plus facile à corriger.

2. Le gut training : comment ça marche

La définition

Entraîner ton intestin, c'est l'exposer régulièrement, et de façon progressive, à ce que tu avaleras en course : des glucides, de la boisson, du solide. Comme pour tes muscles, l'adaptation demande de la répétition, de la progressivité et du temps. Quand les prises sont quasi quotidiennes et à dose haute, l'intestin s'habitue en deux semaines environ : moins de gêne, et des glucides mieux absorbés.

Ce qui s'adapte

  • L'absorption : ton intestin absorbe mieux et davantage de glucides.
  • La vidange : ton estomac, habitué à recevoir du liquide en courant, se vide plus vite. Moins de sensation de trop-plein, moins de nausées.
  • La tolérance : la même quantité gêne moins.

D'un coureur à l'autre, la vitesse d'adaptation varie beaucoup.

3. Le mettre en place

Trois principes. Commence tôt, idéalement 6 à 12 semaines avant ta course. Monte progressivement, jamais brutalement. Et rapproche-toi des conditions de course : mange pendant tes sorties à l'allure et sur la durée de ta course.

La progression par phases Glucides par heure en sortie longue. Semaines 1 et 2 : 30 à 40 grammes. Semaines 3 et 4 : 50 à 60 grammes. Semaine 5 et après : jusqu'à ta cible de course, 60 à 90 grammes. Glucides par heure en sortie longue 30 à 40 g 50 à 60 g ta cible 60 à 90 g Phase 1 semaines 1 et 2 Phase 2 semaines 3 et 4 Phase 3 semaine 5 et après
Ta cible dépend de la durée de ta course (fiche La nutrition en course) : au plus 90 g par heure.
PhaseCe que tu testesL'objectif
Phase 1
30 à 40 g par heure
Gels avec de l'eau, boisson d'effort : des formes faciles à digérerHabituer ton intestin à recevoir des glucides en courant. Chaque sortie de plus d'1 h est une occasion.
Phase 2
50 à 60 g par heure
Gels, barres, boisson ; les aliments de ta courseAugmenter les quantités, tester chaque forme, repérer ce qui passe et ce qui coince.
Phase 3
jusqu'à ta cible
Ta stratégie de course exacte : mêmes produits, mêmes horaires, mêmes quantités de boissonLa valider. Tes sorties longues deviennent des répétitions générales.

Exemple : pour une course de 6 heures avec une cible de 70 g par heure, des sorties longues à 40, puis 50, 60 et 70 g par heure, puis 70 g encore plusieurs fois avant l'affûtage. Ta cible de course : le calculateur Ta nutrition en course.

4. Les erreurs qui déclenchent les troubles

L'erreurPourquoi ça coinceLa bonne pratique
Un gel sans eauTrop concentré, il attire l'eau dans ton intestin : crampes, diarrhée.Chaque gel avec quelques gorgées d'eau, 150 à 200 mL.
Fibres et graisses avant ou pendantElles ralentissent la vidange et fermentent : ballonnements, urgences.Un repas d'avant-départ pauvre en fibres et en graisses, et rien de gras en course.
Un produit jamais testéUne réaction inconnue de ton intestin, au pire moment.Rien de neuf le jour J. Chaque produit testé plusieurs fois.
Tout avaler au ravitaillementTon estomac est surchargé, ton intestin débordé.De petites prises régulières, toutes les 15 à 30 minutes.
Commencer à manger trop tardAttendre la faim ou la fatigue : rattraper est plus dur que prévenir.Des glucides dès la première heure.
Un anti-inflammatoireIbuprofène ou aspirine irritent l'intestin et aggravent les troubles à l'effort.Ni avant ni pendant une course.

La chaleur et l'allure comptent aussi : plus il fait chaud et plus tu cours vite, moins ton intestin tolère. Si ça coince, ralentis un moment. Bois à ta soif, par petites gorgées : la déshydratation comme les grandes quantités d'un coup dérangent l'intestin.

5. Les outils complémentaires, et leurs limites

Moins de FODMAP, juste avant

Les FODMAP sont des glucides qui fermentent dans l'intestin : oignon, ail, choux, pomme, blé, légumineuses. Ils donnent gaz, ballonnements et urgences. Les réduire 24 à 48 heures avant une course ou une sortie longue aide souvent les coureurs sujets aux troubles digestifs. Les premiers résultats sont encourageants, mais encore limités. Ce n'est pas un régime de tous les jours : le prolonger fait courir un risque de carences.

Ce qui n'a pas fait ses preuves

  • Les produits « hydrogel » : pas mieux que des glucides classiques.
  • Le sans gluten : aucun effet sur les troubles d'effort sans maladie cœliaque diagnostiquée.
  • Les probiotiques : des résultats mitigés, pas de quoi les conseiller.

N'y mets ni temps ni argent avant d'avoir entraîné ton intestin.

Des troubles qui persistent en dehors de l'effort, une perte de poids inexpliquée ou du sang dans les selles : consulte ton médecin.

En coaching individualisé

À retenir. Chaque sortie longue est une séance de gut training : ne pas y manger, c'est rater une occasion d'entraîner ton intestin. Monte par paliers vers ta cible, atteins-la plusieurs fois avant la course avec tes produits, et évite gel sans eau, fibres, graisses et anti-inflammatoires. Ce que tu manges à l'entraînement, tu pourras le manger en course. Pas l'inverse.